L'Union indienne

Cette nouvelle question de programme en géographie des territoires, « l’Union indienne », focalise l’analyse sur un pays, rompant quelque peu avec la traditionnelle étude d’aire régionale continentale ou sub-continentale. Cependant, compte tenu de sa taille, de son impressionnante diversité et complexité, de sa place majeure dans le sous-continent indien et des interrogations multiples qu’il pose, cet Etat répond bien à l’exigence de synthèse par approches plurielles et multi-scalaires qui est la règle. 

Géant démographique, second pays le plus peuplé au monde, puissance émergente de premier plan, l’Union indienne, pays des superlatifs, est plus que jamais un acteur incontournable sur la scène internationale.

Trouvant son unité dans sa diversité, elle doit faire face aujourd’hui à une foison de défis : spatiaux, sociaux, culturels, identitaires, écologiques et environnementaux, économiques et géopolitiques. A l’image du kaléidoscope souvent utilisée pour décrire ce vaste territoire, la question embrasse l’ensemble de ces problématiques et met en exergue les contrastes et les ambivalences d’un pays-continent : un territoire sous pression à la fois démographique et environnementale, une population encore majoritairement rurale dans un pays qui compte parmi les plus grandes métropoles mondiales, une société tiraillée entre tradition et modernité, un territoire traversé par de multiples fractures régionales, sociales, culturelles et spatiales, une puissance émergente peinant à résorber une pauvreté endémique s’exprimant dans une informalité urbaine et économique dont la prégnance questionne la notion même d’émergence... 

Entre deltas et contreforts himalayens, entre Inde séculaire et Inde des multinationales de l’informatique, c’est l’ensemble de ce territoire pluriel et de cette société multiculturelle qui doit être abordé, dans le triple mouvement d’affirmation nationale, de régionalisation et de mondialisation. 

De plus, on ne peut comprendre l’Inde du 21e siècle sans prendre en compte son inscription dans un ensemble régional, lui-même marqué par des relations ambivalentes de bon voisinage et de tensions géopolitiques plus ou moins latentes. En effet, si les enjeux économiques et commerciaux avec ses voisins chinois, pakistanais, népalais, bangladais ou sri-lankais notamment sont très importants, ils restent le plus souvent contrariés par des héritages diplomatiques complexes et des contentieux fluviaux, maritimes ou territoriaux plus ou moins anciens qui contribuent à ralentir le processus d’intégration économique régionale. Aussi, pour être complète, l’étude de l’Union Indienne nécessite d’appréhender le rayonnement de cette dernière à l’échelle de l’ensemble sud asiatique, en mettant particulièrement en évidence les luttes d’influence que se livrent directement ou indirectement les deux géants chinois et indien. 

Enfin, la question suppose aussi d’interroger l’impact de l’immense diaspora indienne qui, de manière discrète mais non moins essentielle, contribue à renforcer la puissance de l’Union indienne. Le rôle des Indiens dispersés dans le monde est en effet déterminant pour la croissance économique du pays, que ce soit à travers le transfert de compétences et de technologies, les investissements directs à l’étranger en Inde ou le versement des remises. Les Indiens de la diaspora constituent également un formidable levier de valorisation culturelle et politique en relayant les intérêts politiques et géopolitiques indiens ou en contribuant au rayonnement culturel sur la scène internationale d’une Union Indienne qui, parfois, les attire de nouveau. 

Pour les directoires du CAPES externe d’Histoire-Géographie et de l’Agrégation externe de Géographie
Sylvie Letniowska-Swiat, vice-présidente CAPES externe Histoire-Géographie
Nathalie Bernardie-Tahir, vice-présidente Agrégation externe de Géographie