Pour les collègues PE

Centre et périphérie

Pour une première approche

Le couple centre–périphérie permet une approche hiérarchisée faite de dominations et de dépendances entre deux espaces.

Le centre est un lieu de concentration et d’impulsion. Il est également le lieu d’exercice d’un pouvoir de décision (centre de commandement) et de domination. Sa force dépend de nombreux critères, parmi lesquels sa population, sa capacité de production, d’innovation, etc.

Par opposition au centre, la périphérie se caractérise par une faiblesse et une dépendance vis-à-vis du centre. Cette dépendance varie en fonction de sa proximité ou de son éloignement par rapport au centre. Ces deux notions peuvent paraître complexes pour les élèves car le centre géogra­phique ne correspond pas au centre géométrique.

Quelques précisions

Relativement anciennes puisqu’on les retrouve chez Marx (les relations villes–campagnes), les notions de centre et de périphérie sont véritable­ment utilisées au début des années 1970 en économie (Samir Amin, Le Développement inégal, 1973). Elles permettaient d’exprimer les rapports de domination entre les pays industrialisés et les pays en voie de dévelop­pement. En 1981, le géographe Alain Reynaud s’en empare dans son ou­vrage Société, espace et justice. Elles sont ensuite déclinées à tous les niveaux de la pensée géographique.

Au cycle 3, une question du programme de 2002 est consacrée à l’étude des « Centres et périphéries européens ». La dimension euro­péenne est idéale pour mettre en évidence les logiques de hiérarchisation ainsi que les nuances qu’il convient d’apporter.

Effectivement, l’analyse de la répartition des populations européennes ainsi que des principaux pôles urbains et axes de communication permet d’identifier clairement un centre autour duquel gravitent trois niveaux de périphérie (voir ci-après). Ces ensembles vont au-delà des frontières.

Le centre européen s’étend du sud de la Grande-Bretagne au nord de l’Italie. C’est l’espace de la mégalopole européenne qui produit à elle seule une richesse supérieure à celle de l’Inde et de la Chine réunies. Celle-ci relie la mer du Nord à la Méditerranée par les Pays-Bas, la Ruhr et la Lombardie. Le Rhin en est l’axe de communication majeur, avec comme débouché le port de Rotterdam, l’un des premiers ports du monde. Une gigantesque zone industrielle s’étend ainsi de Rotterdam à la Ruhr, la région comptant encore les plus forts taux européens de sièges sociaux ou d’activités financières et bancaires. Cette grande dorsale européenne laisse à l’écart Paris, Berlin et Rome, alors que Londres en fait partie. Elle concentre à la fois les plus fortes densités de population, les plus fortes productions et les plus importants flux de personnes et de marchandises. Son dessin reprend un axe majeur du commerce médiéval qui mettait en relation l’Italie du Nord et les Pays-Bas.

Les périphéries européennes se répartissent de part et d’autre de la dor­sale. Elles sont multiples. Le premier type de périphérie est constitué des espaces proches de la zone centrale, comme la Région parisienne et la Région Rhône-Alpes en France, la Bavière en Allemagne, le Danemark ou le sud de la Suède et de la Finlande. Ces périphéries font partie intégrante de l’Europe développée et active, et contribuent à son fonctionnement.

Le deuxième regroupe les espaces excentrés du sud (la Grèce, l’Italie méridionale, Malte), du nord (Finlande et Suède), de l’est de l’Allemagne, ainsi que de l’ouest (l’Arc atlantique, qui s’étend de l’Écosse au Portugal en passant par l’ouest de la France et la Galice). On y trouve les régions les plus pauvres et les moins développées de l’Union, ou héritières des industries obsolètes de la période communiste comme l’ex-Allemagne de l’Est. L’Arc atlantique regroupe à la fois des régions anciennement en déclin comme l’ouest de la Grande-Bretagne, où le charbon, la sidérurgie et le textile se sont effondrés, des régions relativement attardées comme le Portugal et certaines régions de l’Espagne, et des régions plus modernes comme l’agglomération de Rennes en Bretagne. Cette façade maritime ne compte que des ports à l’envergure internationale médiocre, l’essentiel du trafic transatlantique n’y aboutissant plus, mais allant à Rotterdam et à Anvers. La pêche elle-même est une activité en déclin, les régions de l’Arc atlantique étant essentiellement rurales et agricoles. L’Arc méditer­ranéen est, pour sa part, beaucoup plus urbanisé et moins agricole que l’Arc atlantique ; c’est un espace ouvert où l’on circule facilement depuis l’Antiquité. Les rivieras s’y développent de l’Andalousie à la Crète pour constituer le premier bassin touristique du monde. La Turquie, de son côté, du fait de ses efforts sur les droits de l’homme et de son intégration à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), souhaite devenir un véritable prolongement de l’Europe ; elle a ainsi demandé son intégration à l’Union européenne.

Enfin, avec la disparition du bloc de l’Est, les Pays de l’Europe cen­trale et orientale (PECO) constituent la nouvelle périphérie, extrêmement dynamique, de l’Europe. Montrant une volonté de se rapprocher de l’ouest du continent, ce vaste ensemble cache des réalités bien différentes. Certains États, essentiellement en Europe centrale (République Tchèque, Pologne, Slovaquie, Hongrie, Slovénie, Roumanie et Bulgarie), sont de­venus des démocraties libérales et se sont adaptés à l’économie de marché. Ces progrès leur ont d’ailleurs permis d’intégrer l’Union euro­péenne en 2004 et 2007. Plus à l’est, d’autres États se trouvent encore dans une situation difficile. Les indicateurs économiques et sociaux, malgré une amélioration récente, indiquent des retards importants de dé­veloppement (Ukraine, Biélorussie). L’Europe balkanique reste une zone de fragilité, la paix y est encore précaire et tous les problèmes ethniques n’ont pas été réglés. Dans cet ensemble, les distorsions sont fortes entre des pays qui affichent une certaine stabilité politique et économique (la Croatie) et d’autres qui cumulent les retards (Albanie).

La Russie occupe une place à part dans ce découpage. Certes, son af­faiblissement économique l’a obligé à regarder vers l’ouest, mais elle a toujours tenté de maintenir, depuis 1991, une certaine autonomie. Les progrès économiques qu’elle enregistre depuis quelques années la confortent dans l’idée qu’elle peut redevenir un espace central idéal entre l’Europe de l’Ouest et l’Asie. Son aire d’influence recommence d’ailleurs à s’étendre et certains pays frontaliers semblent aujourd’hui balancer entre une intégration à l’Ouest et un renforcement des liens historiques avec la Russie (c’est le cas d’une partie de l’Ukraine notamment).

L’exemple européen montre qu’il faut éviter de se contenter d’une vision trop simpliste. Il n’y a pas véritablement de logique géométrique entre ces deux notions : le centre n’est pas nécessairement situé au milieu d’un territoire et la périphérie sur ses marges. Il serait également réducteur d’affirmer que centre et périphérie se conjuguent obligatoirement au sin­gulier. En fonction de leurs tailles, de leurs forces, de leurs sens, des rela­tions qui sont tissées, les ensembles peuvent se subdiviser. Ainsi, des hy­percentres peuvent apparaître, et des espaces de forces se créent également en périphérie. On peut constater une fragmentation de plus en plus poussée des espaces centraux et périphériques.

Enfin, le système reste dynamique et les situations ne sont jamais figées. L’histoire montre que les espaces centraux, de la Méditerranée à l’Europe du Nord, de l’Amérique à l’Asie, ne cessent d’évoluer, créant de nouveaux espaces de forces et de faiblesses.

Liens avec les programmes

Les notions de centre et de périphérie sont abordées dans l’ensemble du programme de géographie. Dans le bloc « Regards sur les espaces euro­péens », par exemple, au-delà de la hiérarchisation et de l’interdépendance que ces notions mettent en évidence, il s’agit de montrer aux élèves de cycle 3 qu’il existe en Europe une grande diversité de situations.

Citations

Le centre est la tentation de tous les pouvoirs, la périphérie ne tente personne. (Mona Chollet)

Le monde est une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part. (Pascal)

Pour aller plus loin

Allmang Cédrick, Petites leçons de géographie, Paris, PUF, 2001.

Durand Marie-Françoise, Lévy Jacques et Retaillé Denis, Le Monde. Espaces et systèmes, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques–Dalloz, 1992.